Compositeur de Musique de Film : le blog de Tanguy Follio

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Créer une musique de film à partir d'un matériau musical de base


Un exemple de leitmotiv qui m'a servi d'élément de base pour composer une musique d'action.




Leitmotiv (nom masculin)
Motif musical repris plusieurs fois dans une même œuvre. Propos qui revient sans cesse.

Il faut souvent un point de départ pour construire une musique : un matériau musical à partir duquel on va développer une thématique. Cela peut être une mélodie, une rythmique, un enchainement d'accords...

Dans le cas d'une musique d'action que j'ai faite il y a quelques mois, je me suis basé sur le leitmotiv ci-dessous, unique point de départ :

Leitmotiv piano



Joué comme ça, ce n'était pas franchement impressionnant...


Alors j'ai fait jouer ce leitmotiv en trémolo par des violoncelles, afin d'apporter une base mystérieuse et "mouvante" : pour créer une atmosphère un peu stressante (vitesse, panique). En même temps, j'ai essayé de créer un effet de va et vient en jouant sur les nuances (p-f-p) comme pour imiter des bourrasques de tempête.

Par moments, j'ai voulu doubler ces mêmes notes en staccato par des cuivres (essentiellement des cors français), pour appuyer le côté "action".
fleche fleche
Joué par des violoncelles en trémolo :
Joué par des cors en staccato :
Notes de cors
Notes de violoncelles
Mystérieux et fluide Martial et haché


Ensuite, j'ai placé des boucles de rythmes (Stormdrums, 150 bpm) et j'ai commencé à chercher diverses mélodies jouées par des instruments aigus (violons flûtes, xylophone, caisse-claire etc...).

Ecouter un extrait :


Bon, à l'écoute, on s'aperçoit que le leitmotiv de base joué par les violoncelles n'apparait plus comme l'élément principal. Pourtant il revient de manière récurrente et apporte ce petit côté anxiogène que j'aime bien...

Voilà, juste pour dire qu'avec les mêmes notes, on peut créer des effets en jouant sur les nuances, l'orchestration (violoncelles, cors etc... ) et la notation (trémolos, piqués etc...). Souvent, quand je cherche des notes au piano, j'essaie de penser à la couleur orchestrale que je vais créer (de manière à apporter le sentiment désiré par le réalisateur).

Pourquoi ne par lire aussi :


Melodyne, un outil qui permet d'isoler et de modifier des élements audio, dans un mix...


Avec cette avancée technologique, les ingénieurs repoussent les limites de l'édition audio (analyse polyphonique d'un signal !).




Melodyne Studio de la marque Celemony offre des possibilités très intéressantes : outre les fonctions très précises de correction d'amplitude et de hauteur, il permet de créer de nouvelles rythmiques et de nouveaux accords à partir d'une phrase de guitare de départ (ou de batterie, de piano etc....) et tout ça sur un matériau audio ! On peut donc "créer" quelque chose de nouveau avec cet outil.

Par exemple, en théorie, il serait possible (et là j'emploie le conditionnel) d'isoler chaque note d'un morceau joué au piano (pris dans un CD du commerce) et de modifier la mélodie, l'harmonie et la rythmique de ce morceau... auquel on pourrait ajouter d'autres instruments (provenant de nos banques de sons ou même d'autres CD , pourquoi pas...).

L'intérêt, je le vois dans le fait de faire moins appel au MIDI, notamment l'utilisation des samples (qui bien qu'issus d'instruments réels, ne permettent pas de retranscrire le jeu de l'instrumentiste).
Avec Melodyne, on travaillerait directement à partir de phrasés modulables à souhait ce qui permettrait de conserver d'une part le "gros son" d'origine, et d'autre part le jeu instrumental (respirations, attaques, portamentos, liaisons, relâchements, vibration etc...) sans oublier l'émotion de l'instrumentiste captée lors de la prise de son, d'où une sensation de réalisme.

Comme beaucoup de musiciens qui n'ont pas encore essayé la bête, je me pose des questions concernant l'efficacité du logiciel sur les phrasés très riches harmoniquement et mélodieusement (BO d'Harry Potter par exemple) ou très sales (Métal, grunge etc...). Idem pour les musiques qui ont beaucoup de réverbe.

Mais ce qui est sûr, c'est que Melodyne semble être un très bon outil pour ceux qui enregistrent déjà avec des vrais instruments et qui ont besoin de retravailler les phrasés (ou d'en créer d'autres) à partir de leur propres prises.

Enfin, sachez que Celemony propose des banques de sons (sous forme de phrases instrumentales, riffs, solo...). Il y a tout un choix d'instruments, pour le moment issus du registre pop rock jazz etc... : Horn section, electric bass, guitar, saxophone, voice.

A quand les motifs de violons ? ;-)

Travailler sur les boucles de percussions pour les intégrer au mix orchestral


Suite à la question posée par Simon, qui aimerait bien avoir 2 ou 3 petits trucs à propos des percussions, j'écris quelques lignes sur la méthode que j'utilise le plus souvent : le découpage et l'assemblage de boucles rythmiques (je garde l'utilisation des timbales, caisse-claire, cymbales et sounds FX pour le billet qui va suivre).

Avant tout, sachez que je ne suis pas un spécialiste dans le domaine de l'électro-orchestral. Dans l'idéal, il faudrait poser la question directement à John Powell, expert en la matière. Je lui en toucherai 2 mots quand je le verrai... (ha ha ha).

Bon, alors, moi je possède 2 ou 3 plugins intéressants pour construire des boucles rythmiques : Stormdrum, Stylus RMX et parfois Xphraze. Le Stormdrum propose des boucles très convaincantes orientées musique de film d'action (à la Mediaventure). RMX est plutôt orienté batterie que percussion, avec du très gros son qui groove bien. Le Xphraze offre des pads rythmiques avec des sonorités synthétiques, très utiles pour créer un tapis sonore sous mixé. Tous les 3 proposent des boucles dont le tempo s'adapte au métronome du séquenceur, ce qui est très pratique.

L'utilisation des boucles préfabriquées par le constructeur peut amener les compositeurs à céder devant la facilité et finalement créer des musiques qui se ressemblent (un clonage stylistique comme on peut le constater chez les utilisateurs de Garageband). Heureusement avec Stylus RMX et Xphraze on peut programmer soit même les boucles de percussions (ou tout du moins les modifier allègrement) ce qui apporte un caractère personnalisé et original.

Pour aller encore plus loin dans la personnalisation, n'hésitez pas à enregistrer en audio vos boucles préfabriquées, puis de les découper, les recoller à d'autres endroits, les mixer avec d'autres boucles etc... en faisant votre "petite cuisine", vous verrez que vous pourrez créer de nouvelles boucles, bien à vous et surtout adaptées à votre passage musical. Le découpage se fait de manière très ergonomique dans un séquenceur car les rythmiques sont saccadées et répétitives :


loop


loop


loop


Exemple sonore :
(aucun rapport avec les images ci-dessus)

1- Matériau de base (boucles préfabriquées) :
  • Boucle issue de Stormdrum :


  • Boucle issue de Stylus RMX :



2- Après le découpage et l'assemblage :
  • Nouvelle boucle :


  • Dans le mix orchestral :



Voilà, donc là, vous constaterez que j'ai ajouté à la boucle rythmique quelques percussions orchestrales de façon à obtenir quelque chose d'encore plus consistant. D'ailleurs, j'ai un peu l'impression qu'à l'heure actuelle dans les blockbusters, c'est à celui qui fera le plus de bruit ! la musique n'échappe pas à ce phénomène très tendance...

Dans le billet suivant, je reprendrai le même extrait sonore (un peu plus long, même) pour vous faire écouter comment je place chronologiquement mes percussions. Généralement, c'est au milieu de la phase de création, au moment où j'ai déjà un peu de contenu orchestral.

Trilles : définition et exemple de notation dans une partition pour orchestre.


Un trille est un couple de 2 notes alternées rapidement.
Voici 3 exemples de trille sur 4 temps (valeur d'une ronde) :
trille majeur (whole trill) Trille mineur (half trill) trille ou tremolo alterné

Ecouter ces 3 exemples :
(son de clarinette)




  1. Dans le premier exemple, la note qui est alternée avec la note de base (note écrite) est située un ton au dessus (whole tone). On parle de trille majeur. Ici : alternance Fa-Sol.

  2. Dans le second exemple, la note qui est alternée avec la note de base (note écrite) est située un demi-ton au dessus (half tone). On parle de trille mineur. Ici : alternance Fa-Fa#.

  3. Si l'on veut alterner 2 notes rapidement selon un intervalle plus grand que le ton, on va alors utiliser la notation du trémolo (le signe à 1, 2 ou 3 barres) que l'on place d'habitude sur la note. En plaçant un signe de trémolo entre 2 notes, le musicien va jouer un trémolo alterné sur ces 2 notes, ce qui revient à faire un trille à partir de ces 2 notes. Dans l'exemple 3, on indique au musicien qu'il doit alterner un FA et un LAb pendant 4 temps (indication = ronde) et à la vitesse de triples croches (indication = 3 barres).

Etre compositeur additionnel, pour un long métrage ou une série TV


Les délais pour la composition sont souvent (toujours ?) trop courts, et il arrive que le compositeur principal demande à un autre compositeur de lui donner un petit coup de pouce.

Ce dernier a un rôle de création artistique puisqu'il compose, mais son champ de liberté reste très mince comme il suit les indications données par le compositeur principal. Les initiatives personnelles sont peut-être possibles, cela doit dépendre de la confiance qui règne entre les 2 artistes.

Alors, que fait un compositeur additionnel ?
Comme pour l'orchestrateur, ça doit dépendre des situations.

Déjà, je ne m'attarde pas sur le travail de nègre. C'est bien de signaler que ça existe dans la musique de film. Cette pratique me gêne un peu, mais après tout, si ça permet de lancer la carrière d'un jeune compositeur, pourquoi pas.

Mais surtout, on peut lui demander de développer des thèmes, ou bien d'écrire un thème à partir d'une base musicale, ou encore d'achever la fin (ou l'intro) d'une musique tandis que le compositeur principal attaque un nouveau morceau.

Je viens de découvrir que dans les séries TV, il était fréquent de réutiliser les musiques des épisodes antérieurs, par gain de temps et d'argent (et parce que de toute manière, c'est aussi efficace que de composer une nouvelle BO à chaque fois). Mais pour que ça colle aux nouvelles images, il faut découper la musique et recoller tel bout sur tel morceau etc... Pour limiter les effets de contrastes, il est souvent nécessaire de ré-écrire des intros, des transitions et des fins : c'est une des missions du compositeur additionnel.

Enfin voilà, lorsqu'on regarde un film, on a tendance à imaginer le compositeur, seul, travaillant nuits et jours pour créer une superbe bande originale. J'écris ce petit billet pour ne pas oublier qu'il existe un tas de personnes talentueuses qui travaillent dans l'ombre des compositeurs vedettes et qui gagnent souvent à être connues.

Quant à Leur rémunération et leurs noms crédités au générique, c'est une affaire de négociation. De mémoire, je ne me souviens pas avoir vu de compositeurs additionnels mentionnés dans un générique d'entrée. On les retrouve parfois crédités dans les CD lorsque les bandes originales sont commercialisées (au grand bonheur des béophiles).

La flûte traversière, un instrument très souvent utilisé dans la musique de film.


"La flûte traversière, ce bout de tuyau où l'on souffle par le côté"

Un instrument à vent, donc, qui donne un son pur et délicat. La flûte est très souvent utilisée dans les orchestres classiques, mais aussi dans le domaine du jazz.

Dans la musique de film, on lui confie différents rôles comme par exemple, jouer la mélodie, doubler des parties de cordes, jouer un contrechant, faire des ornementations, participer aux orchestrations de second plan (pour la résonance), interpréter des leitmotivs rythmiques etc...

Voici deux extraits musicaux illustrant des exemples différents d'interprétation :
  1. Le premier qui est le thème principal du film La peau douce (Georges Delerue) est interprété par une flûte solo dans un registre medium. Un très beau film, porté par un thème musical bouleversant.



  2. Le second qui est tiré de la bande originale du film Alien (Jerry Goldsmith) met en évidence l'utilisation d'un leitmotiv particulièrement angoissant (sur les images tout du moins).



Insolite :

Parmi les différentes techniques (flattertzungue, over-blowing, slap etc...) il en existe une qui consiste à chanter ou imiter une boite à rythme (beatboxing) tout en jouant.

Beatboxing flute (par Greg Patillo)




Visitez également la page du compositeur flûtiste Joce Mienniel
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