Compositeur de Musique de Film : le blog de Tanguy Follio

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Danny Elfman utilise des Ondes Martenot dans Mars Attacks


Simuler des Ondes Martenot dans un séquenceur tel que Cubase SX




Certes, ce n'est pas tous les jours qu'on décide d'utiliser des Ondes Martenot dans une orchestration.

J'ai composé une petite BO pour un court métrage de science fiction (style années 50) qui s'appelle Lost Horizon (de Jay Gladwell). Ne sachant pas s'il existait des banques de sons consacrées aux Ondes Martenot, et toujours dans une conjecture budgétaire de niveau zéro, j'ai essayé d'imiter cet instrument avec les moyens du bord... en 4 étapes :

1) Recherche d'un son pur et sinusoïdal :

Pour Lost Horizon, j'ai utilisé un son de basse synthétique que je j'ai fait jouer dans les aigus. IL y a beaucoup plus simple : il suffit de prendre un son sinusoïdal basique souvent proposé par défaut dans les synthés en plug-in (basic waveform = sine).
Très important : veiller à ce que le synthé propose une fonction vibrato et un pitch bend paramétrable.


2) Application d'une dose de vibrato (dose subjective) :

Pour avoir un son plus expressif, sinon ça ressemble à une tonalité téléphonique...



3) Ecriture de la mélodie avec le contrôleur pitch bend :

Bon, l'idée, c'est de poser une seule note (par exemple sur 4 ou 5 mesures) et de créer de nouvelles notes uniquement en faisant varier le contrôleur pitch bend.

Attention : avant de continuer, il faut s'assurer que le "range" (la plage d'amplitude) du pitch bend soit de 12 demi-tons, soit une octave (ça permettra de placer des intervalles d'une octave dans la mélodie).

Le contrôleur pitch bend de mon Cubase (SX3) propose 8191 divisions vers le haut et autant vers le bas. Lorsque le pitch bend pointe sur la valeur zéro, la hauteur de la note ne change pas. Si je veux monter d'un demi-ton, je pointe sur la valeur + 682,5 (qui correspond à 8191 divisé par 12). Un demi-ton musical correspond à 682,5 divisions.


Simuler des Ondes Martenot
Variation de la hauteur des notes à des moments précis = mélodie

Ecouter l'exemple ci-dessus (la mélodie commence à la mesure 6) :


A partir du niveau zéro, on peut établir le nombre de divisions correspondant à chaque intervalle de note :

1 demi-ton : 682.5 divisions
2 demi-tons : 1365 divisions
3 demi-tons : 2047.7 divisions
4 demi-tons : 2730.3 divisions
5 demi-tons : 3413 divisions
6 demi-tons : 4095.5 divisions
7 demi-tons : 4778 divisions
8 demi-tons : 5460.6 divisions
9 demi-tons : 6143 divisions
10 demi-tons : 6826 divisions
11 demi-tons : 7508.5 divisions
12 demi-tons : 8191 divisions

Chiffres valables vers le haut ou vers le bas...


4) Application de glissandi (slide) entre les notes :

Pour simuler le jeu avec la bague et le ruban :

Simuler des Ondes Martenot
Utilisation de l'outil "ligne" ou "parabole" (grille magnétique de quantification désactivée)

Ecouter l'exemple ci-dessus (avec un peu de réverbe) :



Extrait de Lost Horizon


Comme Danny Elfman pour Mars Attacks, je me suis beaucoup inspiré de la musique de Bernard Herrmann composée en 1951 pour le film "The Day The Earth Stood Still" (pour lequel, du reste, il aurait plutôt utilisé un Theremin, un instrument à la sonorité assez proche des Ondes Martenot... )

Pourquoi ne par lire aussi :


Instrument rare : les Ondes Martenot. Elles sont parfois utilisées dans la musique de film.


Dans mon prochain post, je parlerai de la simulation des Ondes Martenot dans un séquenceur. En attendant, je consacre un petit article à cet instrument électronique :

Ondes Martenot


Il s'agit d'un oscillateur qui émet des ondes sonores très pures (genre sinusoïdales). Pour contrôler ce son et le transformer en quelque chose de musical, l'instrumentiste dispose d'un clavier qui se joue avec la main droite et d'un tiroir qui comporte une touche d'expression actionnée par la main gauche (pour changer les nuances, avoir un son sec ou un son doux etc...), ainsi que des curseurs et des molettes pour obtenir différents timbres.

Le résultat donne un son synthétique qui peut être très efficace si l'on veut créer des ambiances spéciales. Le fait de contrôler le son en direct tout en jouant les notes au clavier apporte un côté live et intuitif très intéressant. De nos jours, on retrouve cette analogie dans l'utilisation des machines (pleines de potentiomètres) sur les scènes de musique électro... A noter que les Ondes Martenot, existent depuis les années 30 (au passage merci à Maurice Martenot pour son invention).

Pour les auditeurs moyens comme nous, ce n'est pas tant l'utilisation du clavier qui nous est familière, mais plutôt cette sonorité bizarre en glissando que l'on obtient à l'aide d'un ruban et une petite bague. C'est un son étrange qui nous fait penser à une voix de fantôme et qui nous fait dire "ah mais je connais cet instrument, je l'ai entendu dans Mars Attacks de Danny Elfman l'autre jour" (ou dans The Day the Earth Stood Still de Bernard Herrmann pour les moins jeunes).

Effectivement :
(Mars Attacks / Danny Elfman)


C'est cette technique de jeu (vibrato et glissando) que j'essaierai de retranscrire dans un séquenceur au cours d'un prochain tutoriel.

En attendant, voici une vidéo de Thomas Bloch interprétant "Douce Nuit" aux Ondes Martenot (avec la bague et le ruban). Il est accompagné au piano par Jean-François Zygel.



Pour plus d'infos sur les Ondes Martenot ou les instruments rares, vous pouvez consulter le site très complet de Thomas Bloch.

Les compositeurs de musique de film qui m'ont influencé


Alan Silvestri

Alan Silvestri (Back To The Future, Forrest Gump, Van Hesling)
Fraicheur, légèreté, thèmes offensifs, mélodies romantiques : il y a chez Alan Silvestri tout ce que je préfère, et tout ce que j'aime faire, dans la musique de film. Quand j'écoute ses oeuvres, j'ai toujours ce sentiment de "comprendre" ses orientations artistiques, ses choix d'orchestration. Evidement, cette familiarité ne fait pas de moi un paire (et encore moins son égal), d'autant plus qu'à chaque nouvelle BO, il y a toujours une idée originale qui me surprend. Disons qu'il crée un univers musical et des ambiances spécifiques qui correspondent à 100 % à mon tempérament, mon sentiment sur la musique pour l'image. On a tous un maître à qui on aimerait ressembler. Moi, c'est cet homme là...



Danny Elfman

Danny Elfman (L'étrange Noël de Mr Jack, Batman, Charlie et la Chocolaterie)
L'homme qui crée les ambiances singulières des films de Tim Burton, les génériques TV déjantés (The Simpsons, Desperate Houswives). Sa collaboration avec son orchestrateur Steve Bartek donne un résultat unique. Quel jeune compositeur n'a jamais essayé d'imiter une ambiance cinéma à la manière de Edouard aux mains d'argent ? mélange de fantastique et de féérique. Ce qui m'influence le plus chez Danny Elfman, ce sont les transitions d'accords qu'on ne peut pas toujours deviner. Ce sont aussi toutes ces rythmiques jouées par des cordes ou des bois mélangés à des percussions (accoustiques et synthétiques) comme ce qu'on entend dans l'intro du Main Title de Spiderman. L'écriture n'est pas celle d'un John Williams, mais ses leitmotifs rythmiques et ses orchestrations de second et troisième plan me fascinent (l'utilisation des harpes, aussi). Ecoutez bien les accompagnements situés juste en dessous de chacun de ses grands thèmes mémorables !



Sergei Prokofiev

Sergei Prokofiev (Roméo et Juliette, Pierre et le loup, Ivan le terrible)
J'ai découvert l'Oeuvre de Prokofiev tardivement dans mon cursus. Je ne connais pas de musique classique plus narrative, hormis certains grands classiques "composés pour" (Le Carnaval des Animaux de Camille Saint Saëns / Les Planètes de Holst). Prokofiev, c'est là aussi un style unique. Pour l'instant les oeuvres des grands génies tels que Mozart ou Stravinsky me plaisent beaucoup, sans véritablement me toucher en plein coeur. A l'inverse, beaucoup de musiques de Prokofiev (pas toutes) me boulversent. Un peu comme pour la musique d'Alan Silvestri, il y a comme des atomes crochus que je ne peux pas bien définir. Un style qui flatte mes oreilles et qui m'inspire, tout simplement. Mon ami Bernhard Elsner, qui est beaucoup plus calé que moi en musique classique me soutient que Sergei Prokofiev a largement influencé un bon nombre de compositeurs hollywoodiens, et plus précisément .... Danny Elfman.

Exemple d'accord de septième diminuée dans la musique de film (ainsi que l'accord de septième mineure avec quinte diminuée)



Je voudrais juste parler de 2 accords peu ordinaires que j'entends parfois dans la musique de film. Le premier accord est celui de septième diminuée composé de 4 tierces mineures mises bout à bout, qui est semble-t-il pas mal utilisé par Mozart dans ses messes ou opéras. Ecoutez ma petite impro (bien niaise) ci-dessous pour découvrir cet accord dans un contexte musical. J'ai placé un son de triangle sous l'accord en question pour servir de repère.


Accord de septième diminuée :
Dans cet exemple, c'est un Si7dim
accord de septième diminuée



Note : dans mes exemples, j'utilise un "si" comme note de départ, mais cet accord se fabrique à partir de n'importe quelle note de départ sur les 12 de la gamme. Ce qui est important, c'est de pouvoir reconnaître cet accord à l'oreille.


Le deuxième, c'est l'accord de septième mineure avec quinte diminuée, souvent utilisé par Danny Elfman :

Septième mineure, avec quinte diminuée :
Dans cet exemple, c'est un Si7m(5dim)
accord de septième mineure, avec quinte diminuée




Il y a un passage tout en escalier assez marquant dans la bande originale de Pirate des Caraïbes qui introduit, entre autres, ces deux accords :

Dans cette suite :
La Si7m(5dim) La7 Rém La7 Rém Ré7 Solm Si7dim La



Concernant l'impression de mélodie en escalier, il suffit de créer une phrase en piochant les notes qui appartiennent aux accords, en prenant soin d'utiliser des notes qui se suivent (sans faire trop de sauts d'intervalles). Par exemple, on peut faire partir un groupe d'instruments du bas vers le haut, et un autre du haut vers le bas, d'où une impression de mouvements croisés en montée et en descente. Je ne sais pas trop si je suis clair dans mes explications, mais un exemple vaut mieux qu'un long discours :



Dans mon exemple ci-dessus (désolé pour l'aspect rudimentaire de cette maquette que je n'ai pas pu faire à l'échelle), les cors et les violons 1 montent tandis que les Violons 2 et les Alti descendent. Il y a forcément un point d'intersection sur lequel il y aura un chevauchement de notes, mais ça passe bien car d'autres instruments en retrait s'occupent de "remplir" les accords. (d'où l'aspect consistant et homogène constaté de temps en temps dans les musiques de Remote Control Productions).

La musique source : une musique que l'on trouve fréquemment dans les films.


La musique source, c'est la musique qui est "à l'intérieur" du film. Elle est intégrée dans une scène où les personnages l'entendent réellement.

Par exemple :
  • La musique d'une boite de nuit dans laquelle se passe la scène
  • La musique d'un concert auquel assiste le personnage
  • La chanson d'une radio dans une voiture
  • La musique d'une fanfare qui passe dans la rue
  • Un chanson chantée sur scène
  • etc

Le choix d'une musique source dépend du désir du réalisateur (et la disponibilité du compositeur...). Cela peut être :
  • Une chanson pré-existante ("Je suis un garçon" de Mylène Farmer dans le film Pédale Douce lorsque Patrick Timsit chante dans sa voiture)

  • Une musique pré-existante ("Aria" de Bach dans le film Le Silence Des Agneaux avant le meurtre des 2 policiers)

  • Une chanson originale écrite pour l'occasion par le compositeur ("Wonka's Welcome Song" de Danny Elfman dans le film Charlie et la Chocolaterie lorsque les jeunes gagnants arrivent à l'usine)

  • Une musique originale écrite pour l'occasion par le compositeur ("20th Century Kiosque" de Philippe Rombi dans le film Oui mais quand la séance de cinéma se termine)


Il y a même certains cas où la BO se transforme progressivement en musique source :

Dans la première scène du film The Holiday (musique de Hans Zimmer), on entend une musique d'ouverture (comme dans beaucoup de films). Progressivement, on va s'apercevoir que c'est un des personnages qui est entrain de jouer de la musique (ce personnage est d'ailleurs un compositeur de musique de film).

A voir également : Je hais la musique (réalisation et musique de David Reyes) où l'on peut découvrir un très bon exemple de morphing "BO vers musique source" dans les dernières scènes.

Ma première composition d'une bande originale pour un film d'animation : Scoub 2. Musique de style blockbuster


Ma première création d’une BO de film d'animation (incluant des acteurs réels) : Scoub 2 réalisé par Stéphane Berla.

Ce sont mes premiers pas dans la musique orchestrale liée à l'image. A l'époque, j'utilisais Miroslav Vitous, une banque de sons d’orchestre symphonique un peu dépassée aujourd'hui. Cela dit, je trouve que le résultat final ne sonne pas trop mal. Je suis particulièrement fier de la montée orchestrale qui clôture le générique du début. Il y a dans la BO de Scoub 2 quelques clins d’œil volontaires à la musique de Danny Elfman (c'était une des directives de Stéphane). De l'ironie dans de la musique de blockbuster.


Petite anecdote : je cherchais un instrument ou une orchestration spécifique pour accompagner les titres qui apparaissent et disparaissent le long du générique d'entrée (on appelle ça des cartons). J'ai finalement opté pour un "bruit d'aile qui s'envole" que j'ai ensuite mixé à la musique. L'idée a tout de suite plu à Stéphane car ce sample d'oiseau apportait du mouvement et collait parfaitement à l'ambiance déjantée du film.

En tous cas, cette expérience m'a permis de découvrir quelques contraintes du métier de compositeur de musique de film !
  • La synchronisation parfaite de la bande originale avec les images (dont le montage change parfois)
  • Traduire musicalement les idées décrites verbalement par le réalisateur.
  • Bidouiller les samples orchestraux pour imiter un gros orchestre, avec un minuscule budget musique.
  • Composer avant le montage son, pour découvrir ensuite que beaucoup de bruitages viennent masquer la musique.
Mais le jeu en valait la chandelle car j'ai pu travailler en prenant mon temps sur un film humoristique de qualité avec de belles images et une histoire drôle (une parodie du film Duel de Steven Spielberg, avec les personnages de Scoubidou).
Et puis, cette première expérience m'aura permis d'établir un premier contact avec des professionnels (Stéphane Berla travaille actuellement en collaboration avec Dionysos et Matmatah)

Musicalement, Scoub 2 a longtemps été pour moi une référence et une carte de visite.

Pour info : le générique du début affiche 2 compositeurs. C'est une erreur car le second compositeur n'a pas travaillé sur ce projet (le monteur a juste oublié de l'enlever du listing). En outre le générique de fin provient d'un groupe de rock bien sympa : « Flying Pooh »

N'hésitez pas à laisser vos impressions sur le film ;-)


Les Sites de l'Annuaire

  • Studio d'enregistrement Montpellier S Recording
    S Recording est un studio d'enregistrement situé dans le sud de la France à Montpellier (34820). Le studio utilise du matériel haut de gamme, et pratique des prix sympas. Les prestations proposées sont : prise de son, editing, mixage, mastering. Sur le site web : on peut découvrir le lieu et écouter des extraits.
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    (http://www.s-recording.fr)