Compositeur de Musique de Film : le blog de Tanguy Follio

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Instrumentation pour créer de la musique des seventies


Musique du générique OSS 117, parodie de film d'espionnage.




J'adore ce style ! Le générique d'OSS 117 (Ludovic Bource et Kamel Ech Cheikh) tourne en boucle dans ma platine depuis 2 jours. Un style à la Lalo Schifrin des années 70, qui nous plonge immédiatement dans l'ambiance de Bullit, The Avengers, Mission impossible, James Bond, CI5 etc...

Au programme : section de cuivres (trombones, trompettes et sax) avec guitare seventies. Manque plus que la flûte traversière !
Je ne résiste pas à la tentation de placer un court extrait :



Allez, pour les plus nostalgiques, je place aussi un petit extrait du générique de The Professionnals (CI5) composé par Laurie Johnson. Indétrônable, ce Main Title avec les cuivres bien gras, la wha wha et les charleys...



Et tant que j'y suis, pour rester un peu dans le style, voici un extrait d'une musique que j'ai composée il y a pas mal de de temps dans un esprit beaucoup plus lounge : ambiance casino avec un côté action à la James Bond (aucun rapport avec Casino Royal cependant ....). Je l'ai appelé Target :



Enfin voilà, en regardant le film OSS-117 je me suis dit que ce genre de musique me faisait bien kiffer. Un jour j'aimerais vraiment faire la musique d'un film d'espionnage !

Dans le genre magnifique, il y a aussi la BO des Indestructibles de Michaël Giacchino ! z'avez entendu le générique de fin ? c'est tout simplement "incredible" !!!

Pourquoi ne par lire aussi :


Petites chansons pour les enfants


Une petite comptine qui s'intitule Dans l'herbe mouillée pour faire plaisir à Vincent B ;-)


Comme quelques uns de mes collègues (Alex, David, Laurent, Bernhard etc...) il fût un temps où je faisais des arrangements pour des comptines du domaine publique.
Cela n'a rien à voir avec la musique de film ! me direz-vous... Certes, mais c'était tout de même très formateur.

D'abord sur le plan narratif, car il fallait choisir une instrumentation qui collait à l'identité de chaque comptine (du saxo pour les petits canards, de la flûte pour les petits oiseaux, de la fanfare pour les clowns etc...).
Ensuite sur le plan harmonique, car il fallait trouver des enchainements d'accords intéressants (autres que I-V-I) pour accompagner les mélodies très simples, ce qui n'était pas si évident ! Il suffit d'écouter les diverses variations de Mozart sur "Ah vous dirais-je maman" pour s'en rendre compte.




Dernièrement, je me suis fait un petit arrangement de Un éléphant qui se balançait de manière un peu rock pour m'amuser (guitare, batterie, cuivres). Chant : Gwen Follio (p'tit frère)



Pour rependre ce que j'expliquais plus haut, on peut entendre, tout à la fin, un shaker de trompettes ainsi qu'un glissando de trombones qui décrivent la dégringolade des éléphants...

Un exemple de leitmotiv qui m'a servi d'élément de base pour composer une musique d'action.


Leitmotiv (nom masculin)
Motif musical repris plusieurs fois dans une même œuvre. Propos qui revient sans cesse.

Il faut souvent un point de départ pour construire une musique : un matériau musical à partir duquel on va développer une thématique. Cela peut être une mélodie, une rythmique, un enchainement d'accords...

Dans le cas d'une musique d'action que j'ai faite il y a quelques mois, je me suis basé sur le leitmotiv ci-dessous, unique point de départ :

Leitmotiv piano



Joué comme ça, ce n'était pas franchement impressionnant...


Alors j'ai fait jouer ce leitmotiv en trémolo par des violoncelles, afin d'apporter une base mystérieuse et "mouvante" : pour créer une atmosphère un peu stressante (vitesse, panique). En même temps, j'ai essayé de créer un effet de va et vient en jouant sur les nuances (p-f-p) comme pour imiter des bourrasques de tempête.

Par moments, j'ai voulu doubler ces mêmes notes en staccato par des cuivres (essentiellement des cors français), pour appuyer le côté "action".
fleche fleche
Joué par des violoncelles en trémolo :
Joué par des cors en staccato :
Notes de cors
Notes de violoncelles
Mystérieux et fluide Martial et haché


Ensuite, j'ai placé des boucles de rythmes (Stormdrums, 150 bpm) et j'ai commencé à chercher diverses mélodies jouées par des instruments aigus (violons flûtes, xylophone, caisse-claire etc...).

Ecouter un extrait :


Bon, à l'écoute, on s'aperçoit que le leitmotiv de base joué par les violoncelles n'apparait plus comme l'élément principal. Pourtant il revient de manière récurrente et apporte ce petit côté anxiogène que j'aime bien...

Voilà, juste pour dire qu'avec les mêmes notes, on peut créer des effets en jouant sur les nuances, l'orchestration (violoncelles, cors etc... ) et la notation (trémolos, piqués etc...). Souvent, quand je cherche des notes au piano, j'essaie de penser à la couleur orchestrale que je vais créer (de manière à apporter le sentiment désiré par le réalisateur).

Melodyne, un outil qui permet d'isoler et de modifier des élements audio, dans un mix...


Avec cette avancée technologique, les ingénieurs repoussent les limites de l'édition audio (analyse polyphonique d'un signal !).




Melodyne Studio de la marque Celemony offre des possibilités très intéressantes : outre les fonctions très précises de correction d'amplitude et de hauteur, il permet de créer de nouvelles rythmiques et de nouveaux accords à partir d'une phrase de guitare de départ (ou de batterie, de piano etc....) et tout ça sur un matériau audio ! On peut donc "créer" quelque chose de nouveau avec cet outil.

Par exemple, en théorie, il serait possible (et là j'emploie le conditionnel) d'isoler chaque note d'un morceau joué au piano (pris dans un CD du commerce) et de modifier la mélodie, l'harmonie et la rythmique de ce morceau... auquel on pourrait ajouter d'autres instruments (provenant de nos banques de sons ou même d'autres CD , pourquoi pas...).

L'intérêt, je le vois dans le fait de faire moins appel au MIDI, notamment l'utilisation des samples (qui bien qu'issus d'instruments réels, ne permettent pas de retranscrire le jeu de l'instrumentiste).
Avec Melodyne, on travaillerait directement à partir de phrasés modulables à souhait ce qui permettrait de conserver d'une part le "gros son" d'origine, et d'autre part le jeu instrumental (respirations, attaques, portamentos, liaisons, relâchements, vibration etc...) sans oublier l'émotion de l'instrumentiste captée lors de la prise de son, d'où une sensation de réalisme.

Comme beaucoup de musiciens qui n'ont pas encore essayé la bête, je me pose des questions concernant l'efficacité du logiciel sur les phrasés très riches harmoniquement et mélodieusement (BO d'Harry Potter par exemple) ou très sales (Métal, grunge etc...). Idem pour les musiques qui ont beaucoup de réverbe.

Mais ce qui est sûr, c'est que Melodyne semble être un très bon outil pour ceux qui enregistrent déjà avec des vrais instruments et qui ont besoin de retravailler les phrasés (ou d'en créer d'autres) à partir de leur propres prises.

Enfin, sachez que Celemony propose des banques de sons (sous forme de phrases instrumentales, riffs, solo...). Il y a tout un choix d'instruments, pour le moment issus du registre pop rock jazz etc... : Horn section, electric bass, guitar, saxophone, voice.

A quand les motifs de violons ? ;-)

Musique de pub pour la télévision libanaise.


Il s'agit d'une musique d'une publicité pour une boisson gazeuse (BISON) que j'ai faite il y a quelques mois. Une publicité produite par Zoé Productions, réalisée par Julien Seri, et qui est diffusée au Moyen Orient.

Au départ, le client souhaitait une musique tribale composée uniquement de percussions urbaines, à la STOMP. L'idée me plaisait beaucoup !
Je me suis donc tourné vers mes banques de sons à la recherche d'éléments sonores à l'aspect métallique et plastique afin de créer des rythmiques originales (que je comptais mélanger à des extraits de boucles pré-existantes, pour l'aspect live).

Alors que j'achevais mes premières maquettes, l'orientation artistique changea brusquement pour passer à de la techno ! Je n'avais rien contre, si ce n'est que la techno n'est pas du tout mon point fort. Mais ayant été choisi pour faire la musique, je ne pouvais pas faire machine arrière.

Après réflexion et concertation (avec la boite de production libanaise et Api Corp), j'ai proposé une musique électro essentiellement composée de basses saturées et de rythmes techno plus ou moins sophistiqués, tout en essayant de conserver un aspect urbain et cinématographique (l'histoire du film est une course "duel" de rollers entre un gentil et un méchant). L'idée ayant été approuvée par la production, il me restait à synchroniser la musique sur les images, en plaçant des ponctuations adéquates relatives au mouvement de la caméra et au sens de l'histoire :


C'est ainsi que j'ai été amené à créer une musique dans un style très différent que ce que je propose habituellement.


PS : sur cette vidéo, la musique est en mono.

Pour l'écouter en stéréo :


Travailler sur les boucles de percussions pour les intégrer au mix orchestral


Suite à la question posée par Simon, qui aimerait bien avoir 2 ou 3 petits trucs à propos des percussions, j'écris quelques lignes sur la méthode que j'utilise le plus souvent : le découpage et l'assemblage de boucles rythmiques (je garde l'utilisation des timbales, caisse-claire, cymbales et sounds FX pour le billet qui va suivre).

Avant tout, sachez que je ne suis pas un spécialiste dans le domaine de l'électro-orchestral. Dans l'idéal, il faudrait poser la question directement à John Powell, expert en la matière. Je lui en toucherai 2 mots quand je le verrai... (ha ha ha).

Bon, alors, moi je possède 2 ou 3 plugins intéressants pour construire des boucles rythmiques : Stormdrum, Stylus RMX et parfois Xphraze. Le Stormdrum propose des boucles très convaincantes orientées musique de film d'action (à la Mediaventure). RMX est plutôt orienté batterie que percussion, avec du très gros son qui groove bien. Le Xphraze offre des pads rythmiques avec des sonorités synthétiques, très utiles pour créer un tapis sonore sous mixé. Tous les 3 proposent des boucles dont le tempo s'adapte au métronome du séquenceur, ce qui est très pratique.

L'utilisation des boucles préfabriquées par le constructeur peut amener les compositeurs à céder devant la facilité et finalement créer des musiques qui se ressemblent (un clonage stylistique comme on peut le constater chez les utilisateurs de Garageband). Heureusement avec Stylus RMX et Xphraze on peut programmer soit même les boucles de percussions (ou tout du moins les modifier allègrement) ce qui apporte un caractère personnalisé et original.

Pour aller encore plus loin dans la personnalisation, n'hésitez pas à enregistrer en audio vos boucles préfabriquées, puis de les découper, les recoller à d'autres endroits, les mixer avec d'autres boucles etc... en faisant votre "petite cuisine", vous verrez que vous pourrez créer de nouvelles boucles, bien à vous et surtout adaptées à votre passage musical. Le découpage se fait de manière très ergonomique dans un séquenceur car les rythmiques sont saccadées et répétitives :


loop


loop


loop


Exemple sonore :
(aucun rapport avec les images ci-dessus)

1- Matériau de base (boucles préfabriquées) :
  • Boucle issue de Stormdrum :


  • Boucle issue de Stylus RMX :



2- Après le découpage et l'assemblage :
  • Nouvelle boucle :


  • Dans le mix orchestral :



Voilà, donc là, vous constaterez que j'ai ajouté à la boucle rythmique quelques percussions orchestrales de façon à obtenir quelque chose d'encore plus consistant. D'ailleurs, j'ai un peu l'impression qu'à l'heure actuelle dans les blockbusters, c'est à celui qui fera le plus de bruit ! la musique n'échappe pas à ce phénomène très tendance...

Dans le billet suivant, je reprendrai le même extrait sonore (un peu plus long, même) pour vous faire écouter comment je place chronologiquement mes percussions. Généralement, c'est au milieu de la phase de création, au moment où j'ai déjà un peu de contenu orchestral.


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