Compositeur de Musique de Film : le blog de Tanguy Follio

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Système D pour disposer d'une chorale dans son home studio


Bidouillage et système D pour placer des textures de choeurs dans une musique orchestrale.






Les banques de sons coûtent assez cher, et c'est vrai que le budget du compositeur de home-studio ne permet pas toujours de disposer du dernier module de chœurs (en ce moment, c'est Symphonic Choirs de East-West qui est très en vogue).

Il m'est arrivé d'aller piocher quelques mesures dans diverses bandes originales. J'isolais quelques passages que je recollais dans un nouveau morceau orchestral. Cela me permettait de construire une nouvelle musique avec une texture "orchestre + chœurs" qui apportait un aspect grandiose et solennel que l'on n'obtient pas facilement sans les chœurs. Je me permets de décortiquer un exemple, sachant que la musique finale (Apocalypse) n'a pas été commercialisée.

Phase 1 : extraction de chœurs à partir de 2 bandes originales :


Phase 2 : découpage, assemblage pour créer une autre mélodie (résultat haché) :
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param name="movie" value="http://tanguyfollio.free.fr/mp3/dewplayer.swf?mp3=http://tanguyfollio.free.fr/mp3/choeurs3.mp3">


Phase 3 : habillage avec l'orchestre (pour plus de résonance et masquer les défauts) :


Phase 4 : rajout des boucles de percus (pour plus de fluidité) :


Vous voyez que dans cet exemple précis, on est très loin de l'écriture pour chœur. Seule la partie orchestrale demande des compétences en écriture et en orchestration. Le reste, c'est juste du Légo, de la petite cuisine qui permet de produire une musique dans un style apocalyptique, avec les moyens du bord. Un vrai cache-misère...

Pour un long métrage avec un budget adapté, j'aurai disposé d'une banque de sons professionnelle, voir même d'une chorale toute entière. L'argent est donc un facteur déterminant qui entre en ligne de compte dans la qualité d'une musique de film.

Ecouter Apocalypse :
(durée : 1 mn)




Note : pour des raisons juridiques évidentes, cette technique n'est pas recommandée si votre musique entre dans le cadre d'une rémunération ou d'une diffusion publique générant des droits. Où alors, il faut veiller à ce que les fragments subtilisés ce ne soient pas reconnaissables par un tiers, donc prudence... (l'exemple ci-dessus, c'est juste pour le fun).

Pourquoi ne par lire aussi :


Préparateur de partitions (score preparator), un métier lié à la musique de film.


Le préparateur de partitions (score preparator), quand il existe, intervient avant l'orchestrateur. Il facilite grandement la tâche du compositeur en travaillant à partir d'une session (Cubase, Digital performer etc.) permettant à l'orchestrateur de disposer d'une partition "propre" pour travailler. Le préparateur de partitions collabore donc essentiellement avec des compositeurs qui utilisent l'informatique musicale.

Lorsqu'un compositeur soumet une belle maquette à un réalisateur, le séquenceur, lui, présente une partition MIDI d'une clarté plus ou moins douteuse :
  • les notes ne sont pas forcément quantifiées
  • Il y a des keyswitch qui trainent
  • Les durées des notes ne respectent pas forcément la grille de division rythmique
  • Une même section de cuivres (par exemple) peut-être utilisée sur une seule piste midi
  • Le compositeur peut utiliser plusieurs pistes midi pour un seul phrasé etc...
Avez-vous déjà eu l'occasion d'exporter votre séquence MIDI dans un éditeur de partition ?
On rencontre parfois bien des surprises.

Prenons le cas d'une séquence MIDI (avec violons 1 et violons 2 dans la même piste)

séquence midi sur Cubase

En exportant ces notes dans une éditeur de partition, cela donnera probablement ceci :

notes dans un éditeur de partition

Débrouilles toi avec ça, coco....


Le compositeur va donc confier sa session (Cubase, Logic etc...) avec la maquette audio en guise de repère, au préparateur de partitions. Ce dernier effectuera un nettoyage complet et carré de la séquence midi (quantifications, éclatement des parties, suppression des keyswitch etc...) et fera le transfert dans l'éditeur de partition. Selon les cas, il pourra apporter un premier travail de notation orchestrale comme la mise en place de certains signes, des nuances, des trilles et trémolos etc... un gain de temps considérable qui permettra au compositeur de se consacrer à sa musique.


notes dans Finale

Après le passage du préparateur de partitions, on y voit déjà plus clair...


Note : tout comme l'orchestrateur, le préparateur de partitions intervient sur le conducteur (pas les parties séparées dont la gestion est confiée au copiste).

La musique de film : une passion... un travail.


Voilà, Ces derniers temps, j'ai beaucoup discuté avec d'autres compositeurs qui souhaitent faire carrière dans la musique pour l'image. Les influences de chacun sont diverses, de Hans Zimmer à Maurice Ravel en passant par Philippe Glass, mais les questions abordées, elles, sont toujours récurentes :

Quel matériel utiliser ? quelle méthode pour écrire ? comment étudier l'orchestration ? comment se faire connaître ? quel salaire demander ? quel est le statut du compositeur ? etc..

Comme, au vu des projets musicaux qui se préparent à l'horizon, l'année 2008 sera probablement placée sous le signe du travail, j'ai décidé de créer mon propre blog autour du thème de la composition de musique de film, pour partager avec vous mes expériences (bonnes ou mauvaises), mes goûts et mes envies.

Tanguy

Le séquenceur et les banques de sons d'orchestre symphonique, pour composer et produire de la musique de film chez soi (en home studio)


"Cher Tanguy, bravo pour votre musique qui me touche beaucoup. Je suis moi même un jeune compositeur et j'aimerais me lancer dans la musique pour l'image. Pourriez vous me dire quel matériel utiliser pour composer de la musique de film afin de démarcher des boites de production ? Merci pour votre réponse
Harry Cossec, de Brunoy (91) "

Cher Harry, Merci pour votre mail ! Je suppose que le mot "composer" signifie "produire" (qu'à la fin, il y ait une musique qui s'écoute, comme un cd audio ou un mp3) et que "musique de film" sous entend "musique orchestrale symphonique"

Ce qui est sûr, c'est que bon nombre de producteurs et réalisateurs ne sont pas forcément des mélomanes avertis ou des experts en musique. Pour eux, un bon son est souvent mieux accueilli qu'une belle écriture orchestrale (c'est triste mais c'est ainsi). C'est pourquoi, avant de prospecter, il faudra "produire" des maquettes correctes. Pour se faire, il y a 2 possibilités :

L'écriture classique (feuille de papier ou logiciel de notation) s'adresse aux musiciens qui aiment écrire directement les notes sur une partition. Pour composer les thèmes et les arrangements, ils utilisent (ou pas) un instrument de musique (piano, guitare, violon etc...). Puis ils harmonisent et orchestrent directement dans la partition. Cette dernière étant destinée à être jouée par un orchestre (souvent composé de bénévoles ou d'amis musiciens car le jeune compositeur qui cherche à démarcher les producteurs n'a pas le budget nécessaire pour payer un orchestre professionnel).
Ensuite vient la phase de l'enregistrement de l'orchestre pour avoir un résultat sonore sur support audio (la qualité de la prise de son dépendra aussi du budget initial).

Exemple de logiciels de notation (éditeurs de partition) : Finale, Sibelius, Encore


La musique assistée par ordinateur vous fera économiser un orchestre, mais requiert l'achat d'un minimum de matériel et logiciels informatiques.
Concernant le matériel (hardware), il faut d'abord un ordinateur qui dispose d'une grande mémoire vive (RAM) et d'un gros disque dur (pour stocker les banques de sons). Ensuite, une carte son capable de lire simultanément plusieurs pistes audio. Une carte son compatible soundblaster moyen de gamme est suffisante (je dispose actuellement d'une carte son "audigy" de chez Creative). Eventuellement : un clavier MIDI (piano numérique, clavier de commande, synthé) qui permet de rentrer les notes dans l'ordinateur en jouant la mélodie, mais ce n'est pas indispensable. Parcontre, si votre home studio se compose uniquement d'un ordinateur, il est important d'avoir de bonnes écoutes pour le mixage (des enceintes qui restituent un son brut et non une chaine hi-fi qui arrondi et embelli le son).

Du côté des logiciels (software), il faut utiliser un séquenceur. Il permet d'entrer la partition, piste par piste, à l'aide de petits rectangles (qui remplacent les notes de musique du solfège que l'on observe sur une partition classique). Les séquenceurs les plus connus sont Cubase, Logic Audio, Cakewalk, Digital Performer, Pro Tools. En plus, vous pouvez y importer une vidéo (très pratique pour composer à l'image).

Ensuite, viennent les fameuses banques de sons d'orchestre symphonique ! Elles viennent se greffer sous forme de plug-in VSTi (instruments virtuels que l'on charge dans le séquenceur) et apportent une quantité d'instruments réalistes (violons, trompettes, timbales etc...). Il s'agit de samples : cela signifie que le son a été enregistré à partir d'un vrai instrument. Si vous jouez un ré avec un sample de violon, c'est comme si un vrai violon jouait un ré. Parcontre, lorsque l'on enchaine les notes, le résultat sonne moins bien que si c'était un enchainement joué par un instrument, car, dans un séquenceur, il est difficile de retranscire le jeu d'un instrumentiste (qui est très subtil et riche en émotion). Nous échangerons, dans un prochain billet, quelques astuces pour apporter de la chaleur et de l'authenticité à une musique faite sur ordinateur.

Les banques de sons d'orchestre symphonique les plus en vogue actuellement (début 2008)
  • EastWest Quantum Leap Symphonic Orchestra
  • EastWest Quantum Leap Symphonic Choirs (pour les choeurs)
  • Vienna Symphonic Library (VSL)
  • MOTU Symphonic Instrument
  • Garritan Personnal Orchestra (GPO)
  • Project Sam
  • Banques de "soundfonts" disponibles gratuitement sur la toile
Les banques de sons de EastWest ainsi que la VSL (actuelle) et celle de MOTU s'intègrent directement dans le séquenceur avec leur propre lecteur d'échantillon (sampler).
En outre, les banques de sons Sam Project et GPO, ainsi que les soundfonts, nécessitent un sampler virtuel (Gigastudio, Halion Kontakt etc.) pour être lues.
Tout ce petit monde s'intègre très facilement dans le séquenceur sous forme de plug-in VSTI (Virtual Studio Technologic Instrument). Ce sont des instruments virtuels quoi...

Cubase et Halion

Halion 3 : un sampler virtuel
chargé en tant que VSTI dans le séquenceur Cubase SX

(Chez moi, il lit la Vienna Symphonic Library convertie au format Halion)


Un petit mot sur le synthétiseur Synful qui modélise les sons d'instruments symphoniques (à partir de petits samples) et qui permet de programmer dans le séquenceur des phrasés réalistes. Une technologie à suivre de très près, pour la légèreté des samples et le réalisme du jeu de l'instrumentiste).

Biensûr, la MAO n'empêche pas de faire intervenir de vrais instruments dans une oeuvre. Car l'ordinateur fait également office d'enregistreur multipiste numérique (il faut pour cela un séquenceur MIDI et Audio).

Le MIDI permet de faire jouer les instruments virtuels (banques de sons...)
L'audio permet d'intégrer des éléments extérieurs (Voix, Instruments réels, en utilsant un micro).

Enfin, le mixage et le mastering (traitement audio qui permet d'optimiser votre musique) se font dans le séquenceur. Au final, il vous permet d'exporter votre musique sous forme d'un fichier audio (wav, aif, mp3 etc...). Voilà donc de quoi faire une belle maquette !

Sur ce lien, un billet consacré à la recherche de producteurs et de réalisateurs

Le mastering : les derniers traitements audio avant d'écouter vos oeuvres dans votre lecteur CD.


(Dans notre milieu, on utilise le mot "mastering" alors qu'on devrait dire "pre-mastering". Quoiqu'il en soit, je garde l'appellation mastering car c'est moins long à écrire... paresseux que je suis)

Donc..... Qu'est-ce que le mastering ?

C'est une oprération qui consiste à appliquer d'ultimes traitements audio sur le mix final (c'est à dire une fois que le mixage est terminé et que la musique est exportée en un seul fichier audio comme un son wav ou aiff).
Dans le milieu du disque ou de la production musicale cinématographique, il existe des ingénieurs du son et des studios spécialisés pour ce travail. Au cours du mastering, Le son d'une musique est optimisé (amélioré), et même personnalisé (c'est à dire qu'il porte la signature de l'ingénieur du son).

Souvent, les jeunes compositeurs qui produisent eux-mêmes leurs maquettes doivent s'improviser "ingénieur du son".
Or, le mastering, le vrai de vrai, requiert une oreille spécialisée et du matériel dernier cri (qui coûte plus cher que ma voiture).

En même temps, quel est l'intérêt d'appliquer des opérations dignes d'un mastering professionnel sur une musique fabriquée dans un ordinateur, à partir de samples d'orchestre ou bien d'interprètes moyens enregistrés avec du matos de home studio ?

Alors, à défaut d'établir un mastering optimal, il est déjà possible (à notre niveau de home-studiste) d'effectuer quelques traitements audio sur le morceau avant de le graver sur CD :
(Cela va de soi, le mix que l'on s'apprête à masteriser doit être au format audio de bonne qualité : au moins en wav ou aif 44 KHz et 16 bit, et pas en mp3 !).

Quelques exemples de traitement audio qui peuvent s'appliquer directement dans votre séquenceur, ou encore mieux, dans un éditeur audio comme Wavelab, Sound forge, Cool Edit etc :
  • Un peu de compression pour éviter des différences importantes de volume sonore.
  • De l'égalisation (équaliseurs) pour diminuer ou faire ressortir certaines fréquences (donc certains instruments).
  • Une légère réverbération pour donner un peu plus de profondeur au mix.
  • Un traitement panoramique, pour élargir la stéréo (ça je ne l'ai jamais testé).
  • Une normalisation (pour appliquer un niveau sonore maximum, à la limite de la saturation).
  • Un fondu de sortie pour une musique qui se termine en ad lib (sans fin).


Exemple de normalisation dans Cool Edit Pro :

Avant la normalisation
Avant la normalisation
     Après la normalisation
Après la normalisation


Voilà déjà de quoi améliorer la qualité sonore de votre dernière composition. Cela rendra l'écoute plus agréable.

Avez-vous un lecteur Cd en particulier où vous aimez ré-écouter vos morceaux, pour le plaisir ?
Mon collègue, Laurent Koleda m'a dit un jour qu'il aimait tester le rendu sonore de ses musiques en plaçant son CD fraichement gravé dans le lecteur de sa voiture... et que si la musique passait bien à cet endroit, alors elle passerait bien partout ailleurs, dans n'importe quel lecteur.

Et vous ?

Melodyne, un outil qui permet d'isoler et de modifier des élements audio, dans un mix...


Avec cette avancée technologique, les ingénieurs repoussent les limites de l'édition audio (analyse polyphonique d'un signal !).




Melodyne Studio de la marque Celemony offre des possibilités très intéressantes : outre les fonctions très précises de correction d'amplitude et de hauteur, il permet de créer de nouvelles rythmiques et de nouveaux accords à partir d'une phrase de guitare de départ (ou de batterie, de piano etc....) et tout ça sur un matériau audio ! On peut donc "créer" quelque chose de nouveau avec cet outil.

Par exemple, en théorie, il serait possible (et là j'emploie le conditionnel) d'isoler chaque note d'un morceau joué au piano (pris dans un CD du commerce) et de modifier la mélodie, l'harmonie et la rythmique de ce morceau... auquel on pourrait ajouter d'autres instruments (provenant de nos banques de sons ou même d'autres CD , pourquoi pas...).

L'intérêt, je le vois dans le fait de faire moins appel au MIDI, notamment l'utilisation des samples (qui bien qu'issus d'instruments réels, ne permettent pas de retranscrire le jeu de l'instrumentiste).
Avec Melodyne, on travaillerait directement à partir de phrasés modulables à souhait ce qui permettrait de conserver d'une part le "gros son" d'origine, et d'autre part le jeu instrumental (respirations, attaques, portamentos, liaisons, relâchements, vibration etc...) sans oublier l'émotion de l'instrumentiste captée lors de la prise de son, d'où une sensation de réalisme.

Comme beaucoup de musiciens qui n'ont pas encore essayé la bête, je me pose des questions concernant l'efficacité du logiciel sur les phrasés très riches harmoniquement et mélodieusement (BO d'Harry Potter par exemple) ou très sales (Métal, grunge etc...). Idem pour les musiques qui ont beaucoup de réverbe.

Mais ce qui est sûr, c'est que Melodyne semble être un très bon outil pour ceux qui enregistrent déjà avec des vrais instruments et qui ont besoin de retravailler les phrasés (ou d'en créer d'autres) à partir de leur propres prises.

Enfin, sachez que Celemony propose des banques de sons (sous forme de phrases instrumentales, riffs, solo...). Il y a tout un choix d'instruments, pour le moment issus du registre pop rock jazz etc... : Horn section, electric bass, guitar, saxophone, voice.

A quand les motifs de violons ? ;-)


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