Avoir le trac en public.

Interpréter une œuvre musicale en live, jouer du piano devant une assemblée… je le fais parfois, avec un plaisir gâché par la peur.
Rarement j’ai joué un morceau sans fautes. L’appréhension du direct m’a toujours déstabilisé. Le jugement immédiat des personnes en face de moi m’empêche systématiquement d’obtenir les mêmes performances qu’à l’entrainement. C’est peut-être pour ça que j’ai choisi de me tourner vers la musique de film, une alternative à l’angoisse de la scène…

Il y a 10-15 ans, je lisais une citation (dans Keyboard Magazine) d’un compositeur de musique de film très connu qui disait quelque chose comme ça :« Merci à l’arrivée de l’informatique musicale qui me permet enfin de présenter des maquettes raisonnables au réalisateur, moi qui interprète si mal mes thèmes au piano quand j’ai quelqu’un derrière mon épaule… »

Et c’est vrai que lorsque les gens arrivent dans une salle de cinéma et découvrent la BO, les musiques sont déjà dans la boite : composées, enregistrées, mixées… la pression est moindre, le gros du travail étant derrière. (Il reste juste la question de savoir si les amateurs de bandes originales vont apprécier la partition ou pas).

Quoiqu’il en soit, j’admire certains de mes collègues capables à la fois de composer des chefs d’œuvre dans leur coin, et d’être au piano sur scène comme des poissons dans l’eau. Mais bon, à défaut d’être doué pour la musique vivante, le show ou l’impro…. j’apprécie de composer tranquillement sur des images, à l’abri des regards, puis de faire écouter une œuvre enregistrée en espérant surprendre mon auditoire.

J’ai par ailleurs repéré quelques avantages liés à la composition de musique de film :

  • Déjà, je participe au processus de création d’un film, en tant que « spécialiste » au sein d’une équipe
  • Je peux faire autant de canards que je veux, je corrigerai les erreurs à la souris ensuite
  • Je peux interrompre un morceau quand je le souhaite, pour y apporter des améliorations
  • Je peux diriger un orchestre symphonique sans avoir passé le diplôme de chef d’orchestre (qui est super balaise)
  • Je peux manger ou me gratter le nez tout en jouant de la musique (pas classe, mais plus facile à faire que sur scène).
  • Je peux être opérationnel même avec le bras dans le plâtre.
  • Je suis moins embêté par les paparazzi ou les fans que mes collègues du disque.

Et puis tenez, dans le show-bizz, la vie d’une chanson dépend souvent du bon vouloir du public, soit des centaines (voire des milliers) de personnes …
Tandis que pour nous, c’est simple : une fois validée par le réalisateur, le producteur, la femme du producteur, le directeur de la chaine, la nièce du superviseur musical et le voisin de palier du caméraman, on peut considérer une musique comme acquise !

Enfin, pour en revenir à notre sujet (le trac, la timidité, l’angoisse…face à l’assistance) voici une petite anecdote issue de mon service militaire :

Je garderai toujours en souvenir la soirée de dissolution du 71 RG de Oissel (en 1997), au cours de laquelle j’ai dû avancer seul sur la grande Place d’Armes et jouer au clairon la sonnerie aux morts devant 3000 personnes (dont Mr Fabius). Le capitaine de la musique me refila un super tuyau pour gérer mon stress : « Follio, quand tu seras face à la foule, tu n’auras qu’à les imaginer tous à poil »… ce que je fis.

C’est donc en supposant les Généraux et quelques personnalités politiques dans leur plus simple appareil que je fus amené à jouer les notes les plus solennelles du registre militaire. Un remède de fortune que je garde sous le coude chaque fois que je suis amené à me présenter en public. Qui sait à quoi je penserai lorsque je recevrai mon Oscar, bafouillant, sourire au coin des lèvres…

11 réflexions sur “Avoir le trac en public.”

  1. Hello Tanguy !

    Trop drôle ! je suis mort de rire !
    Alors comme ça tu joues du clairon
    A quand un thème au clairon ?

    @+ Damien

  2. Tiens, je dois précisément jouer en public dans deux semaines… *va se cacher dans un trou de souris*

  3. J’ai beaucoup joué le violon en public, et ça se passait toujours bien quand c’était en groupe de musiciens (quatuor ou orchestre) — et rarement bien quand c’était en solo! Mon dernier solo c’était il y a 10 ans, à l’occasion du mariage de très bons amis. C’était affreux, mes doigts glissaient et le vibrato était crispé… Ils ont divorcé l’année dernière 😉

  4. Je me sens moins seul, tout à coup!
    Chez Disney, on dit qu’un animateur est un acteur avec un crayon… cette petite phrase m’a bien éclairé car, effectivement, jouer devant des personnes me tétanise: peur d’oublier, trac, …
    Quant à jouer du violon devant 500 personnes, j’ai déjà donné: c’est fou ce qu’un archet peut trembler tout seul quand on a le trac…!!

  5. Oui, il s’agit bien de Danny Elfman. Mais je ne me souviens pas mot pour mot de ce qu’il a dit. Et puis ça date de 15 ans, il a peut-être changé depuis. Tu aurais encore le Keyboard Magazine ? Il me semble avoir lu aussi qu’il disait avoir tendance à mettre trop d’instruments en même temps et que Steve Bartek lui conseillait d’en enlever (mais ce ne sont que de vagues souvenirs)

  6. Oui c’est un vieux Keyboard magazine.

    Normalement, je l’ai toujours.
    Je vais essayer de le retrouver…
    Je ne l’ai pas sous la main tout de suite (l’est chez ma maman…)

    Effectivement, si mes souvenirs sont exacts, il disait bien ça.

  7. Merci pour ce billet de bon conseil…
    Et merci pour l’ensemble du site que j’ai découvert hier, moi qui suis maoiste amateur depuis 20 ans…
    Du beau, du bon boulot !
    Bravo et bonne continuation !!!!

Les commentaires sont fermés.

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